Université du Temps Libre - Lille

Plus d'informations pour les adhérents connectés Cliquez moi !

« Don Juan Tenorio » de Zorrilla (1844), ou le salut romantique de Don Juan à travers l’amour
Jocelyne AUBÉ-BOURLIGUEUX
Professeure émérite en littérature espagnole moderne et contemporaine à l'Université de Nantes

Lille

05/12/2022 14:30


Cette conférence a pour but, suite à celles des années précédentes, de compléter le panorama espagnol du mythe le plus universel, avec celui de Don Quichotte, à savoir celui de Don Juan, à une époque où l’écriture de José Zorrilla en fait à la fois un héritage du passé et une ouverture vers un avenir de renouvellement créateur dans le pays qui l’a vu naître.
« Don Juan Tenorio » de Zorrilla (1844), ou le salut romantique de Don Juan.
La pièce, chez Zorrilla, se compose de deux parties. L'action se situe à Séville au XVIe siècle, à la fin du règne de Charles-Quint. La première partie, en quatre actes, a l'allure d'une comédie de cape et d'épée. Don Juan Tenorio et Don Luis Mejía, car il a maintenant un double et c’est nouveau, comparent leurs exploits : conquêtes féminines ou meurtres. Dans la même nuit, Don Juan, après avoir insulté son père, Don Diego Tenorio, parvient à abuser de Doña Ana de Pantoja, la fiancée de Don Luis, et à enlever du couvent, où elle est enfermée, Doña Inès. Dans la maison de campagne, où il a réussi à l'emmener, Don Juan ressent soudain un violent amour pour la jeune fille. Voici que font irruption, pour se venger, Don Luis et le père de Doña Inès, Don Gonzalo de Ulloa, le Commandeur, qui au vu des méfaits de Don Juan, a rompu les fiançailles de celui-ci avec sa fille. Comme ils refusent de se laisser apitoyer par le repentir sincère de Don Juan, celui-ci, furieux, les tue l'un et l'autre, et prend la fuite.
Le rythme plus mesuré de la deuxième partie, en trois actes, contraste avec l'entrain endiablé de la première. Cinq ans ont passé. Don Juan de retour à Séville, après un long exil, visite le cimetière où se dressent les statues de ses victimes. La statue d'Inès, morte de chagrin, s'anime pour déclarer à Don Juan que son sort éternel est lié au sien. Don Juan est bouleversé, mais reprend son air hautain pour inviter à dîner la statue du Commandeur. Celui-ci se rend à l'invitation, annonce à Don Juan sa mort prochaine et le convie à son tour, conformément à la tradition.
Une apparition d'Inès avise le séducteur qu'un instant de repentir suffit à sauver son âme. Et c’est là que tout va basculer vers un prolongement inédit. Don Juan se rend à nouveau au cimetière pour rencontrer le Commandeur ; là, il voit passer son propre enterrement : un signe qui ne trompe pas, dans une affaire de duel où les augures interviennent donc sous leur signe le plus néfaste. Le Commandeur va l'entraîner en enfer, quand le fantôme d'Inès intervient ; Don Juan, le maudit, se repent et invoque Dieu. Son âme et celle d'Inès s'élèvent dans l'espace aux accents d'un chœur angélique. Le miracle de l’amour vient d’opérer, au nom de l’idéal romantique d’une écriture théâtrale en prolongation-rénovation d’elle-même.