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Federico García Lorca à Cuba, ou les retrouvailles inespérées avec
un ‘Empire’ qui n’est autre que le sien propre, dans le « Nouveau Monde »

Jocelyne AUBÉ-BOURLIGUEUX
Professeure émérite en littérature espagnole moderne et contemporaine à l'Université de Nantes

Lille

13/04/2023 14:30


En mars 1930, Federico García Lorca part pour La Havane après ce séjour d’un an
aux États-Unis : épreuve vitale et créatrice antérieurement très éprouvante, comme il aura été vu dans la première intervention, pour l’Andalou qui avait éprouvé le sentiment d’être déraciné et en exil dans un « Nouveau Monde » dans lequel il se sentait égaré, parce que le contexte humain autant que l’espace urbain lui restaient là-bas totalement étranger : univers aussi hostile que déshumanisé, en une période d’apartheid, de lynchages et de prohibition sur fond de crise économique profonde.
Cette seconde communication montrera comment, à l’inverse des précédents
cauchemars éprouvés à New-York, le cheminement créateur lorquien à Cuba s’effectue alors en forme de réappropriation, à la fois réelle et imaginaire, d’un décor naturel préalablement connu (historiquement) ou ignoré (comme expérience vécue), mais éprouvé partout en mode de reconstruction humaine et artistique de lui-même : tentative de nouveau déchiffrement personnel qui permettra à l’auteur-voyageur de mettre à jour, en reflet, sa nouvelle intégration et sa restructuration à partir d’un rêve insulaire et urbain réellement vécu, donc conçu entre vérité et fiction sur la base de nouvelles possibilités créatrices, à caractère ressenti comme « magique » .
En témoigne la rédaction de son théâtre le plus hermétique et dramatique, « El
Público » (Le Public), et celle du « Son de Negros en Cuba », poème écrit à cette date par le Grenadin sur l’île qualifiée de « Perle des Antilles » ; lequel traduit de main de maître les retrouvailles de l’être avec lui-même et avec l’univers environnant, au sein duquel l’auteur se sent authentiquement ré-ancré, et ré-enraciné, ainsi que ses conférences, prononcées avec bonheur au cours de son séjour, en témoignent clairement.