Université du Temps Libre - Lille

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Années trente en France : cinéma d'intervention et cinéma du Front populaire
Louisette FARÉNIAUX
Maître de conférence honoraire en étude cinématographique

Lille

10/11/2022 10:00


A partir de 1925, un débat s'est ouvert dans les syndicats, les partis de gauche et les groupes et mouvements culturels autour du cinéma soviétique. Après avoir diffusé les films de ce pays, ces organisations vont initier des films, photos, pièces de théâtre d'intervention et y associer les artistes. En Allemagne la gauche, outre le film de Brecht « Ventres glacés », aide à la réalisation de films sur le chômage (« La montée au ciel de la mère Kraus »), dont se souviendra Fassbinder. En France, le groupe Octobre mis en place par Prévert réalise « L'affaire est dans le sac » et travaille à la réalisation, avec Renoir, du « Crime de Monsieur Lange ». La CGT, le PC sont à l'initiative de films auxquels participeront des artistes de l'avant-garde : Germaine Dulac, Jean Epstein, Jean-Paul Le Chanois, mais aussi des acteurs et des musiciens : Roger Pigault, Raymond Bussières, Blavette, Maurice Baquet, Roger Blin, Mouloudji, Brunius, Marcel Duhamel, Nadia Sibirskaia, Gaston Modot, Jean Wiener. Ce travail culmine dans la réalisation de « La vie est à nous » pour la campagne du Front populaire mais aussi du « Temps des cerises » de Jean-Paul Le Chanois. La « Marseillaise » est produite en partie par souscription tandis que se met en place le Ciné-Liberté qui assure la diffusion malgré la censure et que se développent aussi des expériences de ciné mobile... Des pratiques analogues se développent en Belgique, aux USA.
Mais les films diffusés en salle vont rencontrer un public plus large et créer une véritable mythologie autour d'un groupe d’acteurs et d’actrices, jeunes premiers et jeunes premières. Un groupe de réalisateurs met en scène l'ouvrier, le paysan, le marinier, le marin, le chômeur, etc.
René Clair avec « A nous la liberté », « Sous les toits de Paris », « 14 juillet » le fait sur le registre du poétique et du film chanté, Marcel Carné, de son côté, réalise « Le jour se lève » et « Hôtel du Nord », mais évoque aussi les loisirs avec le court-métrage « Nogent, Eldorado du Dimanche », quant à Duvivier il met en scène les chômeurs du « Paquebot Tenacity » et de « La belle équipe ». Vigo et Renoir proposent une vision plus documentée dans « L'Atalante » et dans « La Bête humaine », et, plus tard, « La règle du jeu ». Toni, censuré, lui aussi dénonce, à partir d'un fait divers, le patriarcat paysan et évoque le travail des saisonniers étrangers et la montée de la fascisation. Jean Grémillon est certainement le cinéaste qui met davantage l'accent sur la place centrale du travail dans la vie avec le film « Remorques », puis, durant la période de Vichy, dans « Le ciel est à nous ».
Jean Gabin, Charles Vanel, Jean Dasté, Albert Préjean, René Lefebvre et Jules Berry donnent corps à ces personnages emblématiques. Un peu plus tard, Georges Rouquier s'attache au travail paysan et à la structure familiale qui lui est liée.