Université du Temps Libre - Lille

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Le « travail » de la société de consommation fordiste
Louisette FARÉNIAUX
Maître de conférence honoraire en étude cinématographique

Lille

15/12/2022 00:00


Au lendemain de la guerre, le cinéma se réorganise et lutte contre les accords Blum-Byrnes qui laissent pénétrer de nombreux films américains sur notre territoire. Le cinéma se frotte à nouveau au réel et au monde du travail. De jeunes militants et collectifs réalisent des courts-métrages et des fictions documentées qui évoquent les luttes ouvrières et le travail. Ces œuvres sont souvent réalisées par des militants proches du parti communiste ou des mouvements d'éducation populaire.
Les métiers filmés sont souvent ceux qui se prêtent à une dramatisation : la mine et les docks. Souvent ces luttes revêtent aussi un caractère anticolonial. Les films rencontrent presque tous des difficultés avec la censure. Ce sont parfois aussi des documents initiés par des techniciens. Par exemple, Robert Ménégoz, dans « Ma Jeannette et mes copains » évoque les conditions de vie de jeunes mineurs, les accidents du travail, leurs loisirs et leurs amours. Parallèlement, des documentaires de commande sont destinés à former ou éduquer les jeunes ouvriers.
A partir de 1968 et dans les années qui vont suivre, le cinéma quitte Paris et filme le travail et les mouvements sociaux. De nombreux collectifs se créent et décrivent les conditions de vie et les luttes ouvrières, mais aussi paysannes et étudiantes.
Les femmes s'emparent aussi de ce matériel pour saisir les manifestations féministes pour la contraception, l'avortement, mais elles montrent aussi le travail domestique.
Si le cinéma s'attache au monde du travail, une partie des étudiants sortis de l’IDHEC choisit de faire de la télévision un outil d'éducation populaire et un vrai service public. Ils vont à la rencontre des Français.e.s, explorant, eux aussi, les ressources du direct, s'attachant à filmer la classe ouvrière, le travail et la situation des femmes au foyer.
La mise en place des groupes Medvedkine par les ouvriers de Besançon, puis de Sochaux, va susciter une approche totalement nouvelle de la classe ouvrière. Les documents sont réalisés par les travailleurs eux-mêmes. Ils donnent à voir et à entendre les marques et les traces des conditions de travail et d'exploitation sur les corps, les gestes. Ils s'attachent aussi aux autres moments de la vie et à la double journée des ouvrières. Ils montrent les nouvelles revendications des travailleurs : le désir de meilleures conditions de vie, la mise en cause de la hiérarchie, la réduction du temps de travail, un accès réel à la culture et aux loisirs.
Des longs métrages de fiction vont ensuite être réalisés durant les années 1970.
Le travail à la chaîne est très souvent filmé. De même, le supermarché, devient le théâtre de la consommation. Tanner le met en scène dans « Jonas aura 20 ans en l'an 2000 » et Godard dans «Tout va bien ».