Université du Temps Libre - Lille

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Des années 1990 aux années 2020 : le capitalisme néolibéral
Louisette FARÉNIAUX
Maître de conférence honoraire en étude cinématographique

Lille

06/04/2023 10:00


1968 a été d’une violence incroyable pour les chefs d’entreprise qui ne veulent surtout pas que cela se reproduise. Depuis, tout a été mis en place pour individualiser la relation entre les entreprises et les salariés, et la relation de chacun à son travail. Cela va de pair avec la mise en concurrence. C'est l'heure du consensus. La souffrance est plus que jamais présente au travail. Les relations d'emploi sont de plus en plus diverses et précaires : temps partiel, chômage partiel, cessation anticipée d'activité, pré-retraite, travail au noir sous payé et bientôt travail gratuit. Les salariés se battent contre les atteintes aux droits sociaux, à la couverture sociale et aux retraites.

Le travail, et l'ouvrier, après la quasi disparition des écrans des années 80 reviennent dans le cinéma des années 90 et plus encore dans les décennies qui vont suivre. Durant les années 80, une soixantaine de documentaires s'attachent aux luttes tandis que les structures de diffusion s'inquiètent du sort des vidéos et films réalisés durant les années 70. Les jeunes cinéastes se souviennent avec les images. Voyages au pays de la Peuge de Samir Abdallah, tourné durant la grève de 1989, intègre des extraits de films d'Armand Gatti et de Bruno Muel. A côté du discours des économistes orthodoxes s'est constitué un discours pluridisciplinaire les réalisateurs abordent des aspects du travail tel qu'il est vécu par les salariés et la perte de sens. Ils n'hésitent pas à faire intervenir des chercheurs. En retour, ceux-ci interrogent les sources documentaires que sont le cinéma, et les arts ; La perte d'emploi, individuelle ou collective est dans ces films une constante. Dans les années70, les luttes sont victorieuses. Le cinéma des années 1990 et 2000 montre peu de mouvements victorieux à l'exception de quelques films liés souvent rattachés à la grève des cheminots.
Avec l'arrivée du numérique, le cinéma s'affranchit du formatage et des circuits traditionnels de formation, de production et de diffusion. Le rêve de Vertov d'un cinéma artisan se réalise : Le réalisateur peut s'il le veut être à la fois cadreur, preneur de son et monteur L'essai devient une des formes privilégiées dont il use, film au travail dans un rapport intime avec la réalité filmée.