Université du Temps Libre - Lille


Au moment où j’écrivais le texte de la lettre 12, je lisais le dernier livre de Philippe Corcuff : La grande confusion ed .Textuel, Paris, fév.2021, sous-titré comment l’extrême droite gagne la bataille des idées . Le titre de cette lettre est emprunté à l’instrument qu’il nous suggère d’utiliser dans le brouillard, le brouillage et la confusion qui, selon lui, rendent singulièrement difficiles notre compréhension du présent et notre avancée vers l’avenir. Comme vous sans doute, j’aime savoir ce que je dis quand j’emploie un mot, surtout s’il est en « -isme » ou en « -ité ». Je vous avoue ma perplexité devant les usages fluctuants de certains de ces mots pourtant usités avec aplomb, sans précision sur leur sens (au pluriel ou au singulier). Or les polémiques qui en découlent ne s’arrêtent pas toujours à des querelles lexicales, mais produisent la mise en danger, voire au pilori, d’usagers d’un terme se terminant en « -phobie ». Avec un peu d’esprit critique - voire d’humour - il apparaîtrait pourtant que les usagers des mots censurés, censés stigmatiser telle ou telle catégorie, pourraient, en boomerang, créer des victimes de la phobie inverse, mais aucune plaisanterie n’est permise, pas plus qu’une légèreté inconséquente, quand nous savons jusqu’où peuvent conduire des attaques ad personam.

La semaine dernière, lors de son dialogue avec Sandra Laugier dans un hebdomadaire, Elisabeth Roudinesco déclarait : « je ne suis pas féministe ». Son engagement relevant du « féminisme » est pourtant une évidence. Mais certains mots, ou expressions : « l’ islamo-gauchisme » ou « l’islamophobie , par exemple, ont un tel pouvoir générateur de passions qu’il est peut-être aussi utile que prudent de définir le sens ou la polysémie des « féminismes ».

Rassurez-vous, je n’esquisserai pas une histoire des féminismes, très bien réalisée par Michèle Perrot, Christine Bard, ou, récemment par Yannick Ripa, entre nombreuses autres.

Dans sa conférence du 1er février : « Le strabisme du tableau », Nathalie Debernard avait laissé son regard saisir le mouvement qui donne tant de vie intemporelle – anachronique, aurait peut-être dit Daniel Arasse - à des images fixes du XVe siècle ou d’aujourd’hui.

D’autres historiens de l’art, comme Aby Warburg et G.Didi-Huberman s’y autorisent aussi. Ils nous donnent, en littérature comme en art, toute latitude d’accueillir une œuvre sans la rattacher d’emblée à des « écoles » ou « courants ». Ils nous invitent à cette connaissance intérieure qui, à notre insu, rapproche soudain des œuvres séparées – en apparence - par le temps ou l’espace linguistique, ou tout autre étiquetage. La recherche, le goût et l’intuition, remettent en question les frontières établies jadis.

Eclairée par cette recherche, l’UTL s’emploie donc à rendre nos espaces plus ouverts, et, quand les frontières aériennes et terrestres se ferment, aucune pandémie ne l’en empêchera.

Dans Changeons de voie, son dernier texte, publié en décembre 2020– en collaboration avec la sociologue Salah Abouessalam - Edgar Morin déclare : « …nous sommes emportés en somnambules dans un devenir dont nous sommes les jouets ».
Comme le titre de son essai l’indique, ce constat ne l’incline pas pour autant à la passivité. Puisque tel est le destin humain, comment vivre mieux ? Tenter de vivre plus lucidement, en s’étant préparé à « l’éventualité de l’imprévu », est, selon lui, la question -essentielle - que la pandémie nous oblige à nous poser au plus tôt.

Il émet en effet un double constat : « L’humanisme est en crise face aux dérives et replis nationalistes, aux renouveaux racistes et xénophobes, au primat de l’intérêt économique sur tous les autres », or, face à la pandémie, « la première révélation foudroyante de cette crise inédite est que tout ce qui semblait séparé est inséparable », il est donc urgent de penser la complexité : « ce qui est tissé ensemble ».

Ce titre est un emprunt à Novalis, qui considère que le poète exprime cette voix, et nous la rend audible…pour peu que le mot « poésie » ne déclenche en qui l’entend aucune prévention, voire allergie.

En lisant dans le livre de B.Stiegler - dont il était question dans la lettre précédente : Réenchanter le monde - j’avais été frappée par son analyse d’une expression de Mallarmé : « Le Livre, instrument spirituel ».

Cette antithèse, selon Stiegler, nous dit que : « l’esprit serait ce qui déborde l’instrumentalité et l’instrumentalisable, l’instrument étant du côté du matériel, c’est-à-dire du contingent, du corruptible…quand le spirituel est au contraire ce qui revient, résiste, consiste : ré-apparaît, ne disparaît pas ». Or son organisation : Ars industrialis se propose précisément : « d’élever une voix » qui tranche sur « des spiritualismes toujours plus régressifs et radicaux » en mobilisant « l’intelligence collective mondiale », toutes les énergies susceptibles de créer une vraie « société des savoirs ». Une telle entreprise pourrait être alors ce que le Livre était pour Mallarmé : un « instrument spirituel », et non l’abandon à la « télécratie », aux positions grégaires et violentes, repérables dans des « sociétés incontrôlables d’individus désaffectés » lire la suite

Comme nous l'avions déjà annoncé, l'UTL met tout en oeuvre pour préparer la prochaine rentrée, malgré les incertitudes liées aux contraintes sanitaires.
La saison commencera le lundi 5 octobre à 14h30 par le débat initialement prévu le 23 mars 2020 entre Frédéric Pommier, écrivain, journaliste à France-Inter , et Fabienne Tirelli, directrice de la Maison St Jean , animé par Françoise Objois sur le thème suivant : "Quel sort la société réserve-t-elle aux vieux?".
Les informations surles conférences et les ateliers seront disponibles sur le site internet de l'UTL à partir du 14 juillet.
En attendant, poursuivons notre quête de connaissances, lectures et de découvertes!

L'Humanité en quête de son émancipation.
Cette phrase qui pourrait être gravée au fronton des mairies, ou des écoles, orne donc notre newsletter : le combat contre le racisme, pour la liberté des Humains, quelles que soient leur origine, leur sexe, leur croyance, est pour nous une préoccupation centrale.

A l'heure où la place des femmes est au coeur de l'actualité, il serait offensant de réduire un tel sujet à quelques portraits biographiques de femmes célèbres ou de destinées tragiques.
Les femmes ont toujours été présentes avec talent aux côtés des hommes, notamment dans le domaine musical. Il est plus intéressant de se pencher sur la place des femmes dans la société et les institutions au travers de la musique.

Cette semaine nous explorons les voies nouvelles de la création artistique, Flaubert avec Madame Bovary, les routes des artistes exilés, les américains à Paris, les idées féministes en mouvement avec les films de femmes jusqu'aux musiciens qui les ont accompagnées.

En attendant de retrouver nos conférenciers (dont la plupart des interventions sont reportées à l'automne), poursuivons notre promenade en allant, avec Amaury Lorin, à la rencontre de Paul Doumer, un des plus célèbres inconnus de l'Histoire.

(Re)découvrons ensuite Klimt, le peintre ami des musiciens et faisons une balade littéraire, picturale, cinématographique ... en un mot, culturelle dans l'Europe d'Avant-guerre.